Soutenance de thèse – Ahmad ZAKARIA

Ahmad ZAKARIA soutiendra sa thèse pour l’obtention du doctorat de géographie le 10 septembre 2019, à 14 h., à la MSHS de Poitiers (salle Mélusine). Réalisée à l’Université de Poitiers au sein du laboratoire Migrinter sous la direction de Cédric AUDEBERT et Cyril ROUSSEL, cette thèse est intitulée « Conflits et migrations. Le cas des réfugiés syriens au Liban »

Le jury sera composé de:

  • Cédric AUDEBERT, Directeur de recherche, CNRS
  • Kamel DORAÏ, Chargé de recherche, CNRS
  • David GIBAND, Professeur, Université Perpignan Via Domitia
  • Marc-Etienne LAVERGNE, Directeur de recherche, CNRS
  • Cyril ROUSSEL, Chargé de recherche, CNRS

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Conflits et migration forcée. Le cas des réfugiés syriens au Liban

Ahmad ZAKARIA

Le Liban joue un rôle important dans le système migratoire du Moyen-Orient, dont il subit régulièrement l’onde de choc des conflits et des exodes massifs en tant que maillon géographique et géopolitique le plus faible dans la région. La fragilité de son système politique et la perméabilité de ses frontières en ont fait un territoire relativement libre d’accès pour les populations des pays voisins. La guerre en Syrie a coûté la vie à plus de 500 000 Syriens et a généré l’exode de plus de 6.3 millions de personnes vers les pays limitrophes comme la Turquie, la Jordanie, l’Irak et le Liban, dont les habitants furent autrefois réfugiés en Syrie. Ces Etats accueillent aujourd’hui le plus fort ratio de réfugiés par habitant dans le monde, soit le tiers de sa population, y compris les réfugiés palestiniens, irakiens et autres.

Les réfugiés syriens, originaires de la région de Homs, d’Alep, de Hama, de Damas et d’Idlib, ont opté pour le Liban, non seulement pour sa proximité géographique, mais également du fait des relations historiques, sociales, culturelles et économiques qui lient les deux peuples depuis toujours. La fuite liée à la guerre en Syrie a entrainé une réactivation de ces relations manifestée par l’accueil de nombre de réfugiés par leurs proches libanais et par leurs amis surtout dans la région du Akkar et à Tripoli, nos terrains d’étude. D’autres réfugiés sont revenus sur leur lieu de travail d’autrefois et y ont ramené leur famille.

Les mesures restrictives entreprises par l’Etat libanais pour limiter voire bloquer l’afflux renouvelé de réfugiés syriens sur son territoire ainsi que les stratégies adoptées pour contrôler les frontières sur les deux versants et dans les deux sens ont entrainé des changements dans les dynamiques circulatoires transfrontalières et une évolution dans les stratégies de ces réfugiés pour passer la frontière et gagner le Liban. Ce fut le travail des réseaux de passeurs qui se sont multipliés pour faciliter l’entrée des Syriens au Liban, qu’il s’agisse de réfugiés ou de nouveaux migrants à la recherche d’un emploi et d’une nouvelle vie au Liban.

La prise en charge des réfugiés fut tout d’abord la mission des proches, des amis et des ONG locales en l’absence de toute initiative étatique à leur égard. Le HCR n’est intervenu sur le terrain qu’en 2013 lorsque le Liban a demandé avec force et urgence l’aide de la communauté internationale afin de gérer cette crise sur tous les plans. Des fonds ont alors afflué du HCR, des ONG régionales et internationales afin d’encadrer la présence de ces réfugiés sur le territoire libanais en matière de logement, de nutrition, de soins, d’éducation, de protection et de services divers. Ces réfugiés furent répartis et relogés selon leur appartenance ethnique dans les différentes zones du Akkar. Ainsi, une absence quasi-totale de réfugiés dans les communes frontalières non sunnites est aujourd’hui observée. En revanche, les plus grandes concentrations de réfugiés se trouvent dans les grandes communes à majorité sunnite tels que Aamayer à Wadi Khaled, Bebnine, Mouhamarat et Berqayel sur le littoral ainsi qu’au mont Akroum, à Fneydek et à Mechmech dans la montagne. Leur profil socio-économique joue également un rôle dans leur répartition. Les plus vulnérables, qui sont assistés par le HCR et les ONG, résident dans des camps ou des habitations de fortune dans les zones rurales et en montagne. D’autres ont trouvé du travail dans l’agriculture dans la plaine et dans les grandes communes comme Bebnine, Berqayel et à Wadi Khaled où ils exercent des activités commerciales ou de construction. D’autres réfugiés ont migré à Tripoli où ils travaillent dans le commerce, les transports, les stations-service, la restauration, le gardiennage, le ménage, la manutention et les centres de collecte et de tri des déchets. Ceux-ci ont la possibilité d’améliorer leurs moyens de subsistance et d’avoir un niveau de vie plus élevé. Ils parviennent à payer leur loyer et leurs factures et à assurer leurs besoins alimentaires et d’autre nature comme les Libanais ou parfois dans de meilleures conditions que certains d’entre eux. Les réfugiés se répartissent également selon la régularité de leur séjour au Liban. Ainsi, les clandestins vivent surtout au Akkar dans des zones peu contrôlées par les forces de l’ordre. Ceux qui vivent à Tripoli sont majoritairement obligés d’être en situation régulière vu les contrôles permanents opérés. La plupart des demandes de titre de séjour reposent sur l’emploi dont on exige un garant, et le regroupement familial qui requiert une preuve de location de logement. Cependant, l’obtention de titres de séjour et de permis de travail a été très difficile et le regroupement familial est devenu quasi impossible. Ces mesures ont contraint les réfugiés à changer de stratégie : la relocalisation et la réinstallation ont été nécessaires pour travailler dans d’autres endroits comme les grandes communes du Akkar, Tripoli, Beyrouth ou même le sud du Liban où les salaires sont plus importants. Ce travail a permis à certains de régulariser leur séjour au Liban, mais beaucoup d’autres travaillent et vivent dans la clandestinité. D’autres ont opté pour le mariage mixte qui leur a permis d’avoir une situation stable au Liban au moins à court terme. Le départ pour l’UE, les USA, le Canada ou l’Australie se fait sur sélection par le HCR et est réservé surtout aux réfugiés qui ont un certain niveau d’éducation. Ce qui a pénalisé les réfugiés peu qualifiés qui proviennent pour la plupart des zones défavorisées des campagnes syriennes où le niveau d’éducation ne dépasse pas le cycle primaire. Ceci les a condamnés à vivre dans une vulnérabilité qu’ils préfèrent au retour en Syrie jugé précoce encore à l’heure actuelle par la communauté internationale et surtout par le HCR, vu le climat d’insécurité et le conflit qui persistent en Syrie. Cette situation a créé une crise politique au Liban entre les partis politiques de la coalition du 8 mars dont le parti aouniste et le Hizbollah qui ont procédé à l’organisation du retour de milliers de « déplacés » en Syrie en appelant le HCR à prendre en charge ces retournés chez eux plutôt que de les assister au Liban. Cette position est expliquée, d’une part, par une inquiétude quant à la possible naturalisation des réfugiés syriens comme pour celle des réfugiés palestiniens, qui pourrait induire un déséquilibre communautaire susceptible de relancer le Liban dans un nouvel épisode de guerre civile. D’autre part, ils justifient leur position par le fait que le Liban ne peut plus se permettre de rester les bras croisés vis-à-vis de l’effondrement de son économie qui souffre d’une récession annuelle de son économie de 2.85% en moyenne depuis le début de la crise. Ceci est dû à l’augmentation du taux de chômage parmi les Libanais et qui a atteint les 25% – 35% pour les jeunes – selon une étude de la banque mondiale en 2018. Cette dernière vise à lancer une stratégie de réforme du marché du travail dans tout le pays et en particulier à Tripoli, la deuxième ville au Liban, dont 53% des jeunes en âge de travailler sont au chômage. L’économie est aussi affectée par les problèmes de sécurité et par la récession du secteur touristique. Les débats politiques très médiatisés au sujet des réfugiés ont poussé certaines communautés à expulser les réfugiés qui ont parfois fait l’objet d’agressions de la part de certains Libanais. Dans le même temps, le dynamisme des entreprises dans l’immobilier, l’offre de travail peu onéreux qui comptait déjà avant la crise de 2011 sur la main-d’œuvre syrienne moins chère. Le dynamisme de la consommation dopée par les aides internationales versées également pour les Libanais, a largement reposé sur la présence des réfugiés sur le sol libanais. Les ports et l’aéroport ont également pleinement bénéficié des mouvements circulatoires et commerciaux consécutifs à la paralysie économique en Syrie due à la guerre. D’autres bénéfices liés à la présence des réfugiés au Liban ont trait au recrutement de jeunes Libanais par le HCR et les ONG dans le domaine social, éducatif, sanitaire et de services.

Mots clés : Migration, frontière, territoire, dynamique circulatoire, Moyen-Orient, géopolitique, réfugiés, Syrie, conflit, trafic, Nord-Liban, Akkar, Tripoli, HCR, ONG, économie, social, retour.

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