MIGRINTER au FIG 2019

Cette année, le thème du Festival international de géographie (FIG) est « MIGRATIONS »

Saint-Dié-des-Vosges les 4, 5 et 6 octobre 2019

En vue de la 30ème édition du festival international de géographie (FIG) qui se tiendra à Saint-Dié des Vosges du 4 au 6 octobre 2019, la revue Carto (n° 55) consacre plusieurs de ces pages au thème du FIG, les migrations.

Ci-dessous le texte d’Olivier Clochard, géographe et directeur scientifique de l’évènement, « Penser des politiques migratoires non bellicistes ».

Dans ce numéro, vous trouverez également un article de David Lagarde, géographe, intitulé « Migrations et exil. L’itinéraire de réfugiés syriens en Jordanie ».

David Lagarde sera présent au festival, et interviendra le samedi 5 octobre de 11 h 30 à 12 h 15 à l’IUT. Sa conférence s’intéressera à la manière dont les relations économiques entre la Syrie et la Jordanie préparent des parcours migratoires en cas de guerre. (intitulé de la conférence : « L’exode syrien vers la Jordanie : des circulations marchandes à l’exil familial ».

Penser des politiques migratoires non bellicistes

Olivier Clochard, Géographe, Migrinter

Les politiques à l’égard des exilés demeurent marquées par la « tyrannie du national »[1]. Elles sont imprégnées de l’idée qu’il est nécessaire de limiter les flux migratoires sinon les questions de sécurité, de cohésion sociale ou encore de chômage seraient exacerbées. Ces postures n’ont jamais été démontrées scientifiquement. À l’inverse, les instances internationales se distinguent par une tonalité plus favorable aux migrations. Elles demeurent en effet attachées au droit international, et notamment au droit d’asile qui autorise toutes celles et ceux qui sont à la recherche d’une protection, de pouvoir franchir les frontières sans forcément être en possession de documents de voyage.

Dans un rapport paru en 2009, le PNUD souligne que la libre circulation peut être abordée comme un principe de « développement humain », les mobilités permettant d’accroître les libertés individuelles et de créer de la richesse. Néanmoins le PNUD dans ses recommandations semble plus favorable à des programmes de migration temporaire, l’organisation n’évoquant pas la possibilité d’une liberté de circulation similaire à celles dont jouissent les ressortissants des pays développés. Les raisons de ces réticences sont liées en partie au fait que les autorités nationales ou internationales souhaitent – comme le rappelle Antoine Pécoud [2] (2015, p. 5) – que les migrations soient « ordonnées », « prévisibles », « régulées », « planifiées », etc.

« La gouvernance mondiale des migrations » ou « la volonté d’aller vers une meilleure gestion des migrations » sont des formulations qui font florès dans les discours et les textes qui orientent les politiques, mais elles ne tiennent pas compte ou très peu des projets des personnes. Les multiples expériences migratoires qui combinent des dimensions d’ordre affectif, économique, culturel voire linguistique, etc. s’accommodent en effet très mal avec les pratiques restrictives des États. En conséquence nombre de personnes n’ont d’autres choix que de contourner les règles qui leur sont imposées.

Il en découle une crise des politiques migratoires qui se jouent dans de nombreux lieux comme les préfectures, les frontières, l’espace méditerranéen, etc. Cela reflète la façon dont les États pensent accueillir et vivre avec celles et ceux qui arrivent sur nos territoires pour des périodes plus ou moins longues. Etant donné les enjeux, les solutions ne peuvent plus reposer sur les seuls responsables politiques. Associations, certains élus et citoyens se sont emparés du débat afin de promouvoir des alternatives aux impasses actuelles, certes très peu entendues, mais qui devraient rappeler aux autorités que les politiques ne se font pas uniquement dans les ministères.

Plus généralement, il s’agit de penser aux politiques migratoires que nous voulons pour demain car il est urgent que les pratiques bellicistes fassent place à des modèles qui promeuvent davantage les principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

[1] Gérard Noiriel (1991) La tyrannie du national. Le droit d’asile en Europe 1793-1993, Paris, Calmann-Lévy, 355 p.

[2] Antoine Pécoud (2015) « Liberté de circulation et gouvernance mondiale des migrations », Éthique publique, vol. 17, n° 1.

 

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