Enquête MIFI « Migration de Français vers Israël »

Enquête MIFI -Migration de Français vers Israël-

Cette enquête, conduite depuis le CRFJ, le Centre de recherche français à Jérusalem, réunit Yann Scioldo-Zürcher (CRFJ, UMIFRE 7), Marie-Antoinette Hily et William Berthomière (MIGRINTER, UMR 7301), Itshak Dahan (Université de Bar Ilan) et Haim Yacobi (Université Ben-Gourion).

À la suite de l’appel à projet lancé par la direction du CNRS le 18 novembre 2015 afin  : « de relever les questions posées à nos sociétés par les attentats et leurs conséquences », nous pensons qu’il est pertinent de disposer d’un état des lieux sur l’immigration juive française vers Israël, dont nous savons qu’elle connaît une augmentation sans précédent depuis moins d’une décennie.

Les attentats de janvier 2015 visant notamment un supermarché de la communauté juive de Vincennes ont accentué l’insécurité de la population juive de France qui, depuis le tournant des années 2000, assure vivre un virulent regain d’antisémitisme. Et depuis des assassinats ciblés contre une école communautaire de Toulouse en mars 2012, l’émigration des Juifs de France, est devenue, en termes quantitatifs, la première immigration en Israël. L’agence juive, organisme étatique israélien en charge de l’intégration des Olim1 a organisé l’installation de 8000 français durant l’année 2015. Les résultats d’un récent sondage montrent que « 67 % des interrogés se disant juifs, estiment que l’antisémitisme a beaucoup augmenté depuis ces cinq dernières années, au point de devenir leur première préoccupation, devant le chômage » ; les trois quarts considèrent « qu’il est difficile d’être juif en France ». Ils sont 11 % à déclarer avoir été victime d’une agression antisémite au cours de l’année. Enfin, une personne juive sur trois déclare avoir déjà envisagé de quitter la France2. Corroborant ces tendances, un responsable du service d’intégration des migrants français de la municipalité de Tel Aviv assure ainsi, en janvier 2016, que la principale raison avancée par les nouveaux arrivants est essentiellement « leur peur pour l’avenir de leurs enfants ». Il ajoute être convaincu, comme le sont aussi la plupart des démographes israéliens intéressés aux études de prospectives migratoires, que ces chiffres iront croissant dans les années à venir.

Ce contexte historique, qui pour nombre d’observateurs pose la question de l’avenir du judaïsme en France, nous renforce dans l’idée qu’il est pertinent de connaître le point de vue et de retracer les trajectoires de ceux qui sont à la fois récemment installés en Israël et ceux « en phase d’installation ». Il nous semble important, en effet, d’enquêter non pas sur les raisons énoncées notamment dans les sondages et qui renvoient aux émotions qui s’expriment dans l’espace public (« la peur », « la France qui ne garantit pas la sécurité de ses citoyens », « la montée du fondamentalisme musulman », de l’antisémitisme, et « la difficulté de pratiquer sa religion »…) mais de recueillir, lors d’entretiens longs et répétés les justifications données à « l’engagement et à l’acte de partir ». Il s’agit de constituer un corpus de récits avec pour objectif de rendre compte « du bien fondé », pour ces personnes, de l’action de partir, en mettant entre parenthèses la question du « pourquoi partez-vous ». Il s’agit somme toute d’explorer ce que disent les partants sur ce qui leur semble justifier leurs départs et comment ils « entrent en migration ».

Cette connaissance-là est essentielle pour mieux comprendre l’engagement dans un projet migratoire, le plus souvent pensé « sans retour », et qui consiste paradoxalement à aller vivre dans un pays qui n’offre pas non plus les conditions d’une sécurité immédiate, et qui contrairement aux mouvements migratoires français des années 1950 à 1980, ne sont pas mus par un sionisme militant et intransigeant ou un engagement religieux. Aujourd’hui, ce sont les Juifs dits traditionalistes (on entend par-là une population pratiquante mais ne menant pas une vie selon les principes strictes de l’orthodoxie juive) qui quittent la France et qui en Israël seront confrontés à des ajustements identitaires importants3.

L’ambition de ce projet n’est pas de construire une typologie des différents profils des migrants et de leurs parcours migratoires, mais de rendre compte du sens qu’ils attribuent à leur prise de décision. Le départ d’une partie de la population française « met à mal » les principes républicains qui garantissent pourtant la « sécurité des citoyens », et le principe d’égalité de tous, quelle que soit leur religion. Cette situation nous semble donc justifier une enquête qui sera menée en Israël auprès des nouveaux olim. Cette étude qui ne traitera volontairement pas des idéologies dites sécuritaires souhaite donc apporter des éléments de compréhension quant au départ de citoyens français avec pour finalité d’entendre ce qu’ils ont à dire sur ce phénomène.

1 Olim : personnes juives effectuant leur alya (« leur montée en Israël »), c’est-à-dire leur immigration dans le pays selon la loi « du retour » qui institue que toute personne de confession juive peut venir s’installer dans l’État.

2 IPSOS, Enquête vivre ensemble, et section « Perceptions et attentes de la population juive », publiée le 31 janvier 2016. L’enquête a été réalisée avant les attentats du 13 novembre 2015. Elle questionne 1005 personnes âgées de 18 ans et plus, entre le 15 et 24 juillet 2014. S’y ajoute 313 personnes se définissant comme juive entre le 24 février et le 8 juin 2015 après les attentats de janvier. S’ajoute des entretiens conduits début 2015, auprès de 45 personnes se disant juives, dont quinze « responsables communautaires »

3 Itshak Dahan, PhD dissertation « The Aliyah of French Jews (1968-2014)Collective Identity: From Integration to Insulation« , Bar Ilan University, en hébreu.

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