Les représentations des migrations

Séminaire

« Les représentations des Migrations »

Les systèmes migratoires ont considérablement évolué depuis les années 1980 et ils ont été accompagnés par de nouveaux modes de représentations. Avec les évolutions techniques, ce processus s’est amplifié et a pris différentes formes. Parfois sous les crispations de nombreux gouvernements relatives aux augmentations plus ou moins importantes du nombre d’arrivées de migrants, les sciences sociales, les associations, les organisations internationales, les institutions liées aux États voire les migrants eux-mêmes usent de cartes, graphiques, dessins, photographies, films de fiction, documentaires pour représenter la (ou les) manière(s) dont ils pensent les migrations. Pour certains de ces acteurs (associations, migrants, etc.) qui s’intéressent depuis près de quarante ans aux situations et/ou mouvements de ces personnes, des spectacles ont également été créés. En conséquence, depuis le début des années 2000, on assiste à une augmentation quasi-exponentielle du nombre de ces créations.

Si les recherches relatives aux migrations internationales se sont dotées de nouveaux cadres théoriques et conceptuels pour penser les mobilités dans leur changement et leur complexification, les représentations semblent être elles aussi remises en cause dans leurs fondements par les dynamiques internationales (Bacon Lucie, Clochard Olivier, Honoré Thomas & al., 2016). Les migrations réinterrogent non seulement le territoire et les frontières dans leur conception classique mais également les formes de catégorisation (demandeurs d’asile, réfugiés, étrangers, immigrés, exilés ou migrants selon la terminologie adoptée) utilisés dans la production des savoirs, voire les types de relations qui s’opèrent entre les différents acteurs, etc.

Ces processus ouvrent ainsi une série des questions sur les limites et les avantages de la mise en représentation. Les représentations des mouvements et/ou des situations migratoires – qu’elles soient hetero et/ou auto produites – révèlent en effet divers enjeux dans la compréhension des migrations internationales, dans ce que les acteurs ont envie de mettre en exergue ou de dévoiler, la manière dont ces mobilités sont convoquées dans les discours scientifiques et politiques. Jusqu’où va-t-on dans la divulgation d’information ? Comment retranscrire les parcours migratoires, exposer et mettre à nu des histoires personnelles, parfois intimes et difficiles à mettre en mots ? Quelle place donner aux représentations référentielles et aux représentations fictionnelles ? Nous comptons approfondir ces enjeux en portant notre attention sur trois plans.

  1. Interroger l’accessibilité et l’intégrité des données (statistiques, récits de vie fragmentés, etc.) qui peuvent être difficiles dans le domaine des études migratoires. Les données peuvent être incomplètes, imprécises, voire critiquables dans leur mode de construction, et ne montrer qu’une partie de la réalité.
  2. Concernant le processus de représentation, agréger des données à la fois spatiales et temporelles, avec des traitements qui peuvent être très différents, conduit bien évidemment à gommer une pluralité d’histoires individuelles (femmes, hommes, enfants) et collectives (familles, communautés, amis).
  3. Quant à la production des synthèses, le fait d’assembler des informations pour en faire une description de grandes tendances emprunte parfois les chemins de la fiction, et inversement des narrations imaginaires dans des productions visuelles (films, bandes dessinées, etc.) s’appuient sur des situations liées à l’histoire des migrations ou à des actualités relativement récentes.

Avec ces différentes reproductions ou images, animées ou non, il s’agit de repositionner le regard (Berthomière William, 2012). Nous formons l’hypothèse que ces différents supports permettent de mieux éclairer les approches spatiales qui ont investi « le monde de nos représentations à quelque échelle que ce soit, depuis l’espace d’intimité au territoire de la rue jusqu’à celui de la mondialisation » (Simon Gildas, 2006) des migrations internationales.

En quoi ces diverses représentations (cartes, graphiques, dessins, photographies, films, spectacles) peuvent-elles aider ou faire émerger d’autres types de représentations de l’espace migratoire, du mouvement de ces personnes et des enjeux politiques qui y sont associés ? Et une fois les représentations opérées, qu’en fait-on pour l’analyse ?

Le séminaire s’organise autour de quatre séances introductives prévues entre avril et octobre 2019 (dates à venir) et sept séances thématiques prévues entre novembre 2019 et juin 2020 (date à venir).